Pour que la Hongrie revienne à l'Europe!

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L'actuel gouvernement de la Hongrie est-il victime d'une vaste conspiration? Franc-maçonne, de gauche libérale, capitaliste, mondialiste, peu importe? Tel est de toute façon le message véhiculé par le gouvernement hongrois qui, encore et toujours, clame que pendant qu'il redresse la nation magyare, son action serait dénigrée par les "ennemis" de la Hongrie.  

Au moment où le Parlement européen s'apprête à voter une résolution circonstanciée par rapport à la Hongrie, qui épingle des éléments problématiques de gouvernance, les autorités hongroises prétendent que non seulement elles sont mal comprises, mais de surcroît dénigrées par l'Europe.  

La vérité est qu'il n'y a aucune conspiration contre la Hongrie. Pourquoi quelque chose de tel existerait-il, par ailleurs? L'Europe se souvient encore avec peine et honte de son inaction de 1956, quand les chars soviétiques broyaient les espoirs et les rêves de l'automne hongrois. L'Europe a toujours aimé cette partie d'elle-même qui s'articule dans une langue particulière et inintelligible, mais dont les efforts historiques inlassables pour la sauvegarde des valeurs et idéaux européens sont universellement reconnus. L'Europe est tout, sauf anti-hongroise. 

Consolider l'intérieur par une prétendue contestation extérieure

La Hongrie, avec toutes ses aspirations libérales européennes, a choisi en 2010 un gouvernement aux ambitions de renaissance nationale qui semble croire que, pour pouvoir être efficace, il aurait besoin d'adversaires. On consolide mieux à l'intérieur si l'on s'affirme assailli par l'extérieur. 

On renforce mieux les liens internes d'une nation maltraitée par l'histoire européenne -mais elle est loin d'être la seule! -en insistant sur la permanence d'ennemis externes. On insiste mieux sur la cohésion intérieure si on peut l'articuler contre une prétendue contestation extérieure. Mais on se détache de l'Europe en procédant ainsi. 

La Hongrie n'a aucun besoin de résurgence nationale dans le contexte d'une Europe qui ne lui veut que du bien et qui soutient son essor. Ses frontières, après 1919, sont ce qu'elles sont, différentes de celles d'avant, configurant un territoire plus exigu, mais alors, quoi, dans une Europe au sein de laquelle les frontières s'effacent? La Hongrie de 2013 pourrait être libre d'esprit, libre d'ambition, libre de volonté, si elle réussissait à se détacher de ses obsessions historiques.

Absence de critiques? La peur hongroise...

Les Hongrois, avec les autres peuples d'Europe centrale et orientale, avaient peur d'un changement aussi critique avant 1989. Des gens informés, Hongrois de l'intérieur et de l'extérieur, qui suivent l'actualité et la réalité de la Hongrie avec engouement et en direct -étant donné qu'ils pratiquent sa langue et connaissent ses coutumes- affirment qu'aujourd'hui, ce serait de nouveau le cas. Que l'on n'y critiquerait plus librement. Que l'on baisserait la voix, que l'on regarderait avec circonspection autour de soi-même, que l'on prendrait soin de ne pas être surpris en parlant des autorités sur un ton moins qu'obligeant. Cela fait peur à beaucoup de Hongrois, mais cela fait aussi peur à l'Europe. 

Que la Hongrie cesse, une bonne fois pour toutes, d'avoir peur. La Hongrie, les Hongrois, ont toutes les raisons d'être un peuple fier et ambitionné. Ils ne doivent pas baisser la voix. Ils doivent l'élever, pour faire comprendre à l'Europe que non seulement, ils en font partie, mais qu'ils veulent l'inspirer et l'orienter, comme ils l'ont fait par le passé. Que la Hongrie retrouve son identité européenne et revienne à l'Europe. Elle le mérite. Et notre continent en a besoin. 

L'article a été publié le 2 juillet dans L'Express.


Frank Engel

Député européen

Né le 10 mai 1975, Luxembourg

Groupe du Parti Populaire Européen
(Démocrates-Chrétiens)
Membre du bureau

Luxembourg
Parti chrétien social
luxembourgeois

Biographie

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